Dans cette section, nous vous proposons tout un protocole largement utilisé par les orthophonistes (la méthode Borel-Maisonny) pour développer la communication verbale en permettant la production de phonèmes, syllabes et premiers mots.
Pourquoi utiliser la méthode Borel-Maisonny ?
La méthode Borel-Maisonny est une approche phonético-gestuelle développée par :
- Suzanne Borel-Maisonny
- Marguerite Maisonny
Elle repose sur une idée simple et puissante :
Associer un son à un geste spécifique pour faciliter la production orale et la mémorisation.
Elle est particulièrement pertinente lorsque l’enfant :
- présente un retard de parole,
- a des difficultés d’articulation,
- peine à discriminer les sons,
- présente un TSA avec difficultés praxiques orales,
- a besoin d’un support visuel et moteur pour entrer dans le langage.

Comment structurer les phases d’apprentissages pour optimiser la progression de sa communication verbale ?
Puisque notre objectif est d’optimiser le développement des productions verbales (et pas seulement la correspondance grapho-phonémique), il faut penser la progression en termes :
- de facilité articulatoire
- de visibilité labiale
- de continuité du son
- de contrôle moteur
- et de charge praxique croissante
Pour ce faire je vous propose les étapes suivantes :
Étape 1 — Les voyelles (base respiratoire et articulatoire)
Objectifs
- Installer la posture articulatoire
- Travailler la tenue du son
- Développer la conscience phonologique
- Stabiliser le lien geste-son
Ordre conseillé
A → I → O → U → É → È → E
Pourquoi commencer par elles ?
On commence par les voyelles car elles constituent la base la plus accessible du système phonatoire.
Ce sont des sons continus, qui peuvent être prolongés sans interruption, ce qui facilite la perception et le contrôle moteur.
Elles ne nécessitent aucun blocage de l’air, contrairement aux consonnes occlusives, ce qui réduit la complexité praxique.
Leur grande visibilité labiale permet également un appui visuel précieux, notamment chez les enfants ayant besoin d’un support gestuel ou imitatif.
Enfin, elles offrent un excellent terrain d’apprentissage pour travailler le contrôle du souffle et la stabilité vocale permettant une future communication verbale.
On valide quand l’enfant peut :
- tenir 2–3 secondes
- différencier 2 voyelles
- produire sur demande sans modèle

PATREON
Visitez notre protocole d’apprentissage détaillé
La publication est accessible gratuitement sur le Patreon de Paré pour l’Autisme ® où chaque étape est détaillée et soutenue par un visuel image
Étape 2 — Consonnes nasales (m / n)
Pourquoi celle-ci ensuite ?
Les consonnes nasales sont introduites ensuite car elles conservent un flux d’air continu, comme les voyelles, ce qui maintient une cohérence dans la progression articulatoire et de la communication verbale.
Elles sont peu coûteuses en pression intra-buccale, puisqu’elles ne nécessitent pas d’accumulation d’air ni d’explosion sonore, ce qui les rend plus accessibles sur le plan moteur.
De plus, elles sont particulièrement utiles pour former rapidement des syllabes précoces simples et fonctionnelles (ma, na…), favorisant ainsi l’émergence des premières productions verbales structurées.
Ordre conseillé
M → N
Travail principal
- Fermeture labiale (M)
- Pointe de langue alvéolaire (N)
- Vibration nasale (conscience proprioceptive)
Combinaisons rapides
MA – MI – MO – MU – MÉ – MÈ – ME
NA – NI – NO – NU – NÉ – NÈ – NE
On passe à l’étape suivante quand l’enfant produit des syllabes stables.
Étape 3 — Consonnes fricatives (f / v / s / ch)
Pourquoi avant les occlusives ?
- Sons continus
- Plus faciles à modeler
- Permettent encore la tenue du flux d’air
Ordre conseillé
F → V → S → CH
(On commence par les labio-dentales visibles.)
Travail moteur
- Souffle dirigé
- Position précise des dents
- Contrôle fin du débit d’air
Étape 4 — Consonnes occlusives (p / b / t / d / k / g)
Pourquoi en dernier ?
- Nécessitent blocage + explosion
- Coordination plus complexe
- Gestion pression intra-orale
Ordre conseillé
P → B → T → D → K → G
(On commence par les bilabiales visibles.)
Travail spécifique
- Blocage volontaire
- Explosion contrôlée
- Alternance tension / relâchement
Étape 5 — Combinaisons syllabiques structurées
Consonne Voyelle → Voyelle Consonne → Consonne Voyelle Consonne → syllabes redoublées
Exemples :
- MA → AM
- MAM
- MAMA
- FAMA
- PAMI
Étape 6 — Enchaînements moteurs et fluidité
L’étape des enchaînements moteurs vise à développer la fluidité et la coordination articulatoire.
Elle consiste à travailler l’alternance rapide de syllabes (par exemple PA-TA-KA) afin de renforcer la mobilité et la précision des gestes bucco-faciaux.
Des séries rythmiques sont introduites pour stabiliser le tempo et soutenir l’automatisation.
L’imitation différée permet de consolider la mémoire phonologique, tandis que la production spontanée favorise le transfert vers une parole plus naturelle et fonctionnelle.
🔹 Étape 7 — Intégration lexicale
On introduit :
- des mots fonctionnels (oui / non / encore / stop / merci / bonjour / au revoir / aide / moi / toi / là / …) : ils favorisent l’efficacité communicative avant même la richesse lexicale.
- des mots à forte valeur motivationnelle, qui vont bien sûr dépendre du profil de l’enfant (maman / papa / doudou / ballon / voiture / tablette / chocolat / eau / jouer / musique / câlin / …) : on choisit des mots qui déclenchent une intention communicative réelle.
- mots fréquents du quotidien, utiles pour structurer le langage spontané (maison / école / manger / dormir / chat / chien / sac / livre / bain / chaise / biscuit / …) : ces mots facilitent la généralisation et l’intégration dans les routines. Vous devez donc là encore personnaliser la liste de ce que vous voulez introduire.
Pensez à respecter la logique suivante :
- geste → son → syllabe → mot → phrase
Je me permets d’aller vite intentionnellement ici, car l’ensemble du protocole d’apprentissage est détaillé sur la collection « Apprendre à oraliser » du Patreon (accessible gratuitement et librement)
Pourquoi ce choix d’étapes ?
La progression respecte :
- Sons continus avant discontinus
- Sons visibles avant invisibles
- Sons à faible pression avant forte pression
- Mouvement simple avant coordination complexe
