Communication : comprendre avant de chercher à faire parler

Lorsqu’on évoque les difficultés de communication dans l’autisme, on pense souvent au langage oral.

Pourtant, communiquer ne consiste pas uniquement à parler.

Communiquer, c’est transmettre une information, exprimer un besoin, partager une émotion, attirer l’attention, demander de l’aide, refuser une proposition ou simplement entrer en relation avec une autre personne.

Certaines personnes autistes utilisent le langage oral avec aisance, tandis que d’autres communiquent principalement à l’aide de gestes, de regards, de pictogrammes, de dispositifs électroniques ou d’autres moyens alternatifs.

L’objectif d’un accompagnement ne doit donc pas être de faire parler à tout prix, mais de permettre à la personne de communiquer de la manière la plus efficace possible.

Toutes les personnes autistes communiquent

L’absence de langage oral ne signifie jamais une absence de communication.

Même lorsqu’une personne ne prononce aucun mot, elle communique déjà à travers :

  • son regard
  • ses gestes
  • ses expressions faciales
  • ses comportements
  • ses déplacements
  • ses vocalisations
  • ses choix
  • ses refus

Ces formes de communication sont parfois discrètes ou difficiles à interpréter, mais elles constituent souvent le premier moyen d’expression de la personne.

Reconnaître ces tentatives de communication représente une étape essentielle pour construire un accompagnement adapté.

Schéma présentant les principaux indices de communication non verbale : regard, gestes, expressions faciales, comportements, déplacements, vocalisations, choix et refus

Les principales fonctions de la communication

La communication permet notamment de :

  • demander un objet ou une activité
  • demander de l’aide
  • refuser une proposition
  • attirer l’attention
  • partager une émotion
  • commenter une situation
  • faire un choix
  • participer aux interactions sociales

Comprendre cette fonction est souvent plus important que la forme utilisée pour communiquer.

Schéma présentant les principales fonctions de la communication : demander, refuser, partager une émotion, faire un choix, attirer l'attention, commenter et interagir

Adapter sa communication

La communication est une responsabilité partagée. Les difficultés ne proviennent pas uniquement de la personne autiste : elles apparaissent souvent lorsque les exigences de l’environnement dépassent ses capacités du moment.

Adapter sa communication ne signifie pas parler moins, mais communiquer de manière plus claire et plus accessible.

Quelques ajustements simples permettent souvent d’améliorer considérablement la compréhension et de réduire les situations de frustration. Il est notamment préférable d’utiliser des phrases courtes, de formuler une seule consigne à la fois et de privilégier un vocabulaire concret, en évitant autant que possible les sous-entendus, les métaphores ou les formulations ambiguës.

Laisser à la personne le temps nécessaire pour traiter les informations et répondre est également essentiel, tout comme limiter les distractions présentes dans l’environnement.

Lorsque cela facilite la compréhension, les explications peuvent enfin être complétées par des supports visuels tels que des pictogrammes, des photographies ou des séquences illustrées, qui rendent les attentes plus explicites et plus stables dans le temps.

Ces ajustements profitent généralement à tous les interlocuteurs.

Schéma présentant les principales stratégies pour améliorer la communication : support visuel, vocabulaire concret, consignes simples, phrases courtes et communication efficace

Les guidances : accompagner sans faire à la place

Guidance verbale

La guidance verbale consiste à apporter une aide orale permettant à la personne de réussir une tâche.

Une guidance efficace est :

  • simple
  • précise
  • donnée au bon moment
  • progressivement diminuée lorsque les compétences progressent

L’objectif est d’aider suffisamment pour favoriser la réussite, sans créer une dépendance permanente.

Schéma présentant les principes d'une guidance efficace : simplicité, précision, timing et progression pour favoriser l'apprentissage

Guidance visuelle

Les informations visuelles sont souvent plus faciles à traiter que les informations uniquement orales.

Les guidances visuelles peuvent prendre différentes formes :

  • pictogrammes
  • photographies
  • listes
  • emplois du temps
  • séquences illustrées
  • démonstrations

Ces supports rendent les attentes plus prévisibles et favorisent progressivement l’autonomie.

Schéma présentant différents outils de guidance visuelle : pictogrammes, photographies, listes, emplois du temps, séquences illustrées et démonstrations

Le temps de traitement de l'information

Après une consigne, certaines personnes autistes ont besoin de plusieurs secondes pour comprendre, organiser leur réponse puis agir.

Répéter immédiatement la consigne ou intervenir trop rapidement peut augmenter la confusion.

Prendre le temps d’attendre constitue souvent une stratégie simple mais particulièrement efficace.

Développer les compétences de communication

L'attention conjointe

L’attention conjointe correspond à la capacité de partager son attention avec une autre personne autour d’un même objet ou d’une même activité.

Elle joue un rôle majeur dans le développement :

  • du langage
  • des apprentissages
  • des interactions sociales
  • du jeu partagé

Cette compétence peut être encouragée grâce aux jeux, à la lecture, à l’imitation ou aux activités motivantes.

Schéma illustrant les bénéfices de l'attention conjointe sur le développement du langage, les apprentissages, les interactions sociales et le jeu partagé

Les demandes

Pouvoir demander constitue l’une des premières compétences de communication.

Une personne qui peut demander une pause, un objet ou de l’aide aura beaucoup moins besoin d’utiliser des comportements inadaptés pour obtenir ce dont elle a besoin.

Pour favoriser les demandes, il est utile de :

  • créer des situations motivantes
  • attendre l’initiative de la personne
  • accepter différents moyens de communication
  • valoriser chaque tentative.
Schéma présentant des stratégies pour encourager les demandes : créer des situations motivantes, attendre l'initiative, accepter différents moyens de communication et valoriser chaque tentative

Apprendre à attendre

L’attente représente une compétence complexe.

Elle peut être développée progressivement grâce à :

  • des minuteurs visuels
  • des repères temporels
  • des renforcements
  • une augmentation progressive de la durée

L’objectif est d’aider la personne à mieux tolérer les délais rencontrés dans la vie quotidienne.

Schéma présentant des stratégies pour développer la patience : minuteurs visuels, repères temporels, renforcements et augmentation progressive de la durée

Les tours de rôle

Les échanges sociaux reposent sur une alternance : chacun parle, écoute, agit puis laisse la place à l’autre.

Les jeux de tour de rôle permettent d’apprendre progressivement :

  • à attendre
  • à partager
  • à écouter
  • à respecter l’alternance
  • à maintenir une interaction

Ces compétences préparent naturellement aux conversations du quotidien.

Schéma présentant les bénéfices des jeux de tour de rôle : interaction, écoute, patience, respect de l'alternance et partage

Créer des occasions naturelles de communiquer

La communication se développe avant tout dans la vie quotidienne.

Schéma présentant les situations du quotidien favorables au développement de la communication : repas, jeux, promenades, courses, habillage, routines du matin et préparation des repas

Les erreurs les plus fréquentes

Certaines habitudes limitent involontairement la communication

Schéma présentant les principaux obstacles à la communication : parler trop vite, questions multiples, répondre à la place de l'autre, manque de temps de réponse, langage abstrait et manque de valorisation

À l’inverse, une communication claire, prévisible et respectueuse favorise la compréhension, la confiance et le développement de nouvelles compétences.

 

Communiquer, c'est construire une relation

La communication dépasse largement les mots. Elle permet d’exprimer ses besoins, de partager ses émotions, de participer aux activités du quotidien et de construire des relations avec les autres.

Adapter sa manière de communiquer ne consiste pas à simplifier la personne, mais à rendre les échanges plus accessibles.

Lorsqu’une personne dispose des moyens nécessaires pour se faire comprendre et qu’elle se sent réellement écoutée, son autonomie, son bien-être et sa qualité de vie s’en trouvent généralement renforcés.

Communication alternative et augmentée (CAA)

Favoriser la communication lorsqu'il est difficile de parler

Communiquer est un besoin fondamental. Exprimer une douleur, demander de l’aide, faire un choix, partager une émotion ou participer à une conversation sont autant de situations qui rythment notre quotidien.

Pourtant, pour certaines personnes autistes, le langage oral est limité, difficile à utiliser ou ne permet pas d’exprimer l’ensemble de leurs besoins.

La communication alternative et augmentée (CAA) regroupe l’ensemble des moyens de communication venant compléter ou remplacer temporairement ou durablement le langage oral.

Son objectif n’est pas de faire parler à tout prix, mais de permettre à chacun de disposer d’un moyen efficace pour communiquer avec son entourage.

Aujourd’hui, la CAA est largement recommandée par les connaissances scientifiques actuelles et les recommandations de bonnes pratiques.

Utilisée précocement et de manière adaptée, elle favorise l’autonomie, réduit la frustration et améliore la qualité des interactions sociales.

Qu'est-ce que la communication alternative et augmentée ?

La communication alternative et augmentée désigne un ensemble d’outils et de stratégies destinés à soutenir les personnes dont la communication orale est limitée ou absente.

On distingue généralement deux situations :

  • La communication augmentée, qui vient compléter le langage oral lorsqu’il existe mais reste insuffisant dans certaines situations
  • La communication alternative, qui constitue le principal moyen de communication lorsque la parole n’est pas ou très peu fonctionnelle

Dans les deux cas, l’objectif reste identique : permettre à la personne de communiquer de manière la plus autonome et efficace possible.

La CAA ne se limite pas aux pictogrammes

Lorsque l’on évoque la communication alternative, beaucoup de personnes pensent immédiatement aux pictogrammes.

Pourtant, la CAA regroupe une grande diversité de supports, qui sont choisis en fonction des capacités, des préférences et des besoins de chaque personne.

Parmi les outils les plus utilisés, on retrouve notamment :

  • les objets de référence
  • les photographies
  • les pictogrammes
  • les tableaux de communication
  • les carnets de communication
  • les classeurs de communication (dont le PECS®)
  • les signes issus de programmes adaptés
  • les applications numériques
  • les tablettes avec synthèse vocale

Chaque outil présente des avantages et des limites. Aucun n’est universel. Le choix dépend toujours d’une évaluation individualisée.de communication (dont le

Schéma présentant les principaux outils de communication alternative et augmentée : objets de référence, photographies, pictogrammes, tableaux de communication, carnets de communication et applications numériques

Les pictogrammes

Les pictogrammes représentent probablement l’outil de CAA le plus connu.

Ils permettent de représenter visuellement :

  • des objets
  • des actions
  • des lieux
  • des personnes
  • des émotions
  • des activités
  • des consignes

Parce qu’ils restent visibles dans le temps, ils facilitent souvent la compréhension des informations et réduisent la charge cognitive liée au traitement du langage oral.

Les pictogrammes peuvent être utilisés pour communiquer, mais également pour organiser la journée, préparer une transition ou rendre une consigne plus explicite.

Les tableaux et carnets de communication

Certaines personnes utilisent un tableau ou un carnet contenant plusieurs pictogrammes organisés par catégories.

En pointant successivement différents symboles, elles peuvent construire progressivement une demande, répondre à une question ou exprimer une émotion.

Ces supports offrent un vocabulaire souvent beaucoup plus riche qu’un simple emploi du temps visuel et permettent de communiquer dans de nombreuses situations du quotidien.

Les applications numériques et les synthèses vocales

Le développement des technologies numériques a profondément transformé la communication alternative.

Aujourd’hui, de nombreuses applications permettent à la personne de sélectionner des pictogrammes qui sont ensuite prononcés par une synthèse vocale.

Ces outils offrent plusieurs avantages :

  • un vocabulaire évolutif
  • une personnalisation importante
  • une communication plus rapide
  • une meilleure participation dans les interactions sociales
  • une plus grande autonomie

Ils nécessitent néanmoins un apprentissage progressif et un accompagnement adapté afin d’être réellement utiles au quotidien.

La CAA empêche-t-elle de parler ?

Il s’agit probablement de l’idée reçue la plus fréquente.

De nombreux parents craignent encore que l’utilisation de pictogrammes ou d’une tablette vocale empêche leur enfant de développer le langage oral.

Les recherches scientifiques montrent pourtant l’inverse.

Les études disponibles indiquent que la communication alternative et augmentée ne freine pas l’apparition du langage oral. Chez de nombreuses personnes, elle favorise même son développement en réduisant la frustration, en augmentant les occasions de communiquer et en renforçant la compréhension des échanges.

Autrement dit, proposer un moyen efficace de communiquer ne fait pas disparaître l’envie de parler. Au contraire, cela permet souvent de communiquer davantage.

Quand proposer une CAA ?

Contrairement à certaines idées reçues, il n’est pas nécessaire d’attendre plusieurs années avant de proposer une communication alternative.

Lorsque les difficultés de communication limitent les interactions ou génèrent de la frustration, il est généralement préférable d’intervenir rapidement.

Une mise en place précoce présente plusieurs avantages :

  • multiplier les occasions de communiquer
  • limiter l’apparition de comportements liés à la frustration
  • favoriser les apprentissages
  • développer l’autonomie
  • soutenir les interactions sociales

Attendre l’apparition hypothétique du langage oral peut parfois priver la personne de plusieurs années de communication efficace.

Pour aller plus loin

Ressources complémentaires

Pour approfondir votre compréhension du TSA, vous pouvez également consulter :

Téléchargez gratuitement notre guide :

Les 15 bonnes pratiques pour accompagner une personne avec TSA au quotidien

Vous y découvrirez des conseils concrets, des stratégies d’accompagnement et des repères utiles pour les familles et les professionnels.

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Sources scientifiques

Les informations présentées dans cet article s’appuient sur les recommandations et publications scientifiques de référence actuellement disponibles concernant le Trouble du Spectre de l’Autisme (TSA).

Références

Recommandations françaises

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Haute Autorité de Santé. (2018). Trouble du spectre de l’autisme : interventions et parcours de vie de l’adulte.

Haute Autorité de Santé. (2020). Trouble du spectre de l’autisme : signes d’alerte, repérage, diagnostic et évaluation chez l’enfant et l’adolescent.

Haute Autorité de Santé. (2021). Trouble du spectre de l’autisme : améliorer le parcours de santé des personnes.


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