Accompagner les comportements : comprendre avant d’intervenir

Les comportements sont porteurs de sens

Les comportements observés chez une personne autiste constituent souvent les aspects les plus visibles de son fonctionnement. Pourtant, ils ne doivent jamais être considérés comme de simples « problèmes » qu’il faudrait supprimer.

Derrière chaque comportement se trouvent des besoins, des difficultés, des émotions ou des tentatives de communication qui méritent d’être comprises.

Un refus de participer, une agitation, des cris ou une agression peuvent traduire une douleur, une incompréhension, une surcharge sensorielle, une anxiété importante ou l’absence d’un moyen de communication efficace.

Chercher uniquement à faire disparaître ces manifestations sans en comprendre les causes revient à agir sur les conséquences plutôt que sur les véritables difficultés rencontrées.

Les recommandations de la Haute Autorité de Santé insistent sur la nécessité de privilégier une approche individualisée, fondée sur l’observation, l’analyse fonctionnelle et l’adaptation de l’environnement avant toute stratégie visant à modifier un comportement.

Les comportements agressifs

Les comportements agressifs regroupent l’ensemble des comportements dirigés vers une autre personne ou vers un objet dans l’intention apparente de repousser, interrompre ou exprimer une difficulté.

Ils peuvent prendre différentes formes :

  • pousser
  • frapper
  • mordre
  • lancer des objets
  • pincer
  • griffer
  • donner des coups de pied

Contrairement à certaines idées reçues, ces comportements ne sont pas caractéristiques de l’autisme. Ils apparaissent généralement lorsque la personne ne dispose plus des ressources nécessaires pour faire face à une situation difficile.

Avant toute intervention, il est essentiel d’identifier les facteurs déclenchants, la fonction du comportement et les stratégies susceptibles de prévenir sa réapparition.

Formation en ligne Teachizy sur les comportements agressifs et le TSA : comprendre les causes, prévenir les crises et accompagner efficacement les personnes autistes

L'auto-agressivité

Certaines personnes dirigent les comportements agressifs contre elles-mêmes.

L’auto-agressivité peut se manifester par :

  • des coups portés contre la tête
  • des morsures
  • des griffures
  • des pincements
  • des claquements
  • des coups contre les murs ou le mobilier

Ces comportements doivent toujours conduire à rechercher une cause sous-jacente. Ils peuvent être liés à une douleur, à une surcharge sensorielle, à une frustration intense, à une difficulté de communication ou à une tentative d’autorégulation.

L’objectif n’est pas uniquement d’empêcher le comportement, mais surtout de proposer des alternatives plus sûres permettant d’exprimer ou de réguler les mêmes besoins.

Schéma présentant les principales manifestations de l'auto-agressivité : coups portés, morsures, griffures, pincements, claquements et coups contre les murs

Les comportements d'automutilation

L’automutilation désigne des comportements susceptibles d’entraîner des lésions physiques importantes, comme des morsures profondes, des coups répétés ou des blessures volontaires.

Bien que certaines formes puissent ressembler à de l’auto-agressivité, elles nécessitent une évaluation particulièrement rigoureuse, notamment afin d’écarter une douleur, un trouble médical associé ou des facteurs environnementaux spécifiques.

Une prise en charge pluridisciplinaire est souvent indispensable.

L'opposition

Refuser une consigne ne traduit pas nécessairement une volonté de s’opposer.

L’opposition peut résulter de nombreuses situations :

  • une incompréhension
  • une demande trop complexe
  • un manque de motivation
  • une difficulté de flexibilité
  • une anxiété importante
  • une fatigue
  • un besoin d’autonomie

Comprendre les raisons du refus permet généralement d’adapter la demande plutôt que d’entrer dans un rapport de force souvent contre-productif.

Les fugues

Les départs imprévus ou les fugues représentent une source importante d’inquiétude pour les familles et les professionnels, car ils peuvent exposer la personne à des situations dangereuses (circulation routière, plans d’eau, perte de repères, …).

Chez certaines personnes TSA, ces déplacements répondent à une fonction précise plutôt qu’à une volonté de désobéir ou de s’opposer.

Schéma présentant les principales motivations derrière les fugues : recherche d'un lieu apprécié, évitement, fuite, exploration, intérêt spécifique et stimulation sensorielle

La prévention repose principalement sur l’identification des circonstances favorisant ces comportements, la sécurisation de l’environnement lorsque cela est nécessaire et le développement d’alternatives permettant à la personne d’exprimer ses besoins autrement.

Certaines mesures simples peuvent également contribuer à réduire les risques :

  • anticiper les situations susceptibles de favoriser un départ imprévu
  • utiliser des supports visuels pour préparer les déplacements et les transitions
  • enseigner progressivement les règles de sécurité et les comportements attendus dans les lieux publics
  • informer les personnes susceptibles d’accompagner la personne (famille, école, professionnels) des situations à risque et des conduites à tenir
  • prévoir, lorsque cela est pertinent, des moyens d’identification ou de localisation adaptés au profil de la personne et conformes à son âge et à ses besoins

En présence de fugues, ou même lorsqu’il existe un soupçon de risque de fugue (tentatives répétées de quitter un lieu, attrait marqué pour les sorties non autorisées, recherche systématique des issues ou comportements laissant craindre un départ imprévu), il est recommandé de solliciter rapidement des professionnels qualifiés (médecin, psychologue, équipe spécialisée ou professionnels de l’intervention).

Une évaluation précoce permet d’identifier les facteurs de risque, de rechercher d’éventuelles causes sous-jacentes (douleur, anxiété, difficultés de communication, surcharge sensorielle, …) et de mettre en place un plan de prévention individualisé avant qu’une situation dangereuse ne survienne.

Les crises

Une crise correspond généralement à une perte temporaire du contrôle comportemental.

Elle peut être déclenchée par :

  • une frustration
  • une attente
  • un refus
  • une difficulté de communication
  • une demande inadaptée
  • un changement imprévu

Pendant la crise, l’objectif principal est d’assurer la sécurité, de limiter les stimulations inutiles et d’éviter d’ajouter des exigences supplémentaires.

L’analyse de la situation intervient après le retour au calme.

Les meltdowns

Le meltdown correspond à une réaction involontaire de surcharge émotionnelle, sensorielle ou cognitive.

Contrairement à certaines crises, il ne constitue pas une stratégie visant à obtenir quelque chose.

Pendant un meltdown, la personne perd momentanément sa capacité à réguler ses émotions et ses comportements.

Schéma présentant les principales stratégies pour gérer un meltdown : réduire les stimulations, préserver un environnement sécurisant, éviter les sollicitations verbales et laisser le temps de récupérer

Prévenir plutôt que réagir

La prévention constitue l’approche la plus efficace.

Elle repose notamment sur :

  • une communication adaptée
  • des supports visuels
  • une meilleure prévisibilité
  • des transitions préparées
  • la réduction des surcharges sensorielles
  • le développement des compétences de communication
  • l’apprentissage progressif de nouvelles habiletés

Plus l’environnement répond aux besoins de la personne, moins les comportements difficiles deviennent nécessaires.

Schéma présentant les principales stratégies de prévention : communication adaptée, supports visuels, prévisibilité, transitions préparées, réduction des surcharges sensorielles, développement de la communication et apprentissage progressif

La gestion de crise

Lorsqu’une crise survient malgré les mesures de prévention, quelques principes permettent d’en limiter les conséquences.

Il est généralement recommandé de :

  • rester calme
  • assurer la sécurité
  • limiter le nombre d’intervenants
  • réduire les stimulations
  • utiliser un langage simple
  • éviter les longues explications
  • attendre le retour au calme avant d’échanger

Chaque situation restant unique, ces principes doivent toujours être adaptés au profil de la personne.

Schéma présentant les principaux conseils pour gérer une crise : assurer la sécurité, rester calme, réduire les stimulations, utiliser un langage simple, limiter les intervenants, éviter les longues explications et attendre le retour au calme

L'analyse fonctionnelle

Une fois la situation stabilisée, il devient possible de rechercher les causes ayant favorisé l’apparition du comportement.

L’analyse fonctionnelle consiste à observer :

  • ce qui se passe avant
  • le comportement lui-même
  • les conséquences qui suivent

Cette démarche permet d’identifier les fonctions du comportement et de construire un plan d’intervention individualisé.

Le renforcement positif

Modifier durablement un comportement repose rarement sur les sanctions.

Les données scientifiques montrent que le développement de comportements adaptés passe principalement par le renforcement positif.

Il consiste à valoriser immédiatement les comportements que l’on souhaite voir se développer, en proposant une conséquence agréable et motivante pour la personne.

Cette approche favorise les apprentissages, renforce la motivation et améliore la qualité de la relation entre la personne accompagnée et son entourage.

Comprendre avant de vouloir changer

Les comportements ne sont pas des obstacles à contourner, mais des informations précieuses permettant de mieux comprendre le fonctionnement d’une personne autiste.

Observer, analyser, adapter l’environnement, développer la communication et renforcer les compétences constituent les fondements d’un accompagnement respectueux, individualisé et conforme aux connaissances scientifiques actuelles.

En privilégiant cette démarche, il devient possible de réduire durablement les difficultés tout en favorisant l’autonomie, le bien-être et la qualité de vie de la personne.

Schéma illustrant un accompagnement respectueux de la personne autiste, depuis l'observation des comportements jusqu'au développement de l'autonomie et du bien-être

Pour aller plus loin

Ressources complémentaires

Pour approfondir votre compréhension du TSA, vous pouvez également consulter :

Téléchargez gratuitement notre guide :

Les 15 bonnes pratiques pour accompagner une personne avec TSA au quotidien

Vous y découvrirez des conseils concrets, des stratégies d’accompagnement et des repères utiles pour les familles et les professionnels.

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Sources scientifiques

Les informations présentées dans cet article s’appuient sur les recommandations et publications scientifiques de référence actuellement disponibles concernant le Trouble du Spectre de l’Autisme (TSA).

Références

Recommandations françaises

Haute Autorité de Santé. (2012). Autisme et autres troubles envahissants du développement : interventions éducatives et thérapeutiques coordonnées chez l’enfant et l’adolescent.

Haute Autorité de Santé. (2018). Trouble du spectre de l’autisme : interventions et parcours de vie de l’adulte.

Haute Autorité de Santé. (2020). Trouble du spectre de l’autisme : signes d’alerte, repérage, diagnostic et évaluation chez l’enfant et l’adolescent.

Haute Autorité de Santé. (2021). Trouble du spectre de l’autisme : améliorer le parcours de santé des personnes.


Recommandations internationales

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Analyse fonctionnelle des comportements

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O’Neill, R. E., Albin, R. W., Storey, K., Horner, R. H., & Sprague, J. R. (2015). Functional Assessment and Program Development for Problem Behavior (3rd ed.). Cengage Learning.


Comportements défis et interventions

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Développement et qualité de vie

Prizant, B. M. (2015). Uniquely Human: A Different Way of Seeing Autism. Simon & Schuster.

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Ouvrages francophones de référence

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Gepner, B. (2022). Autismes : ralentir le monde extérieur, calmer le monde intérieur. Dunod.

Baghdadli, A., & Noyer, M. (Dirs.). (2023). Autisme : comprendre, accompagner, intervenir. Elsevier Masson.

Rogé, B. (2015). Autisme : comprendre et agir. Dunod.