Observer et évaluer : la première étape d’un accompagnement efficace

Observer avant d'agir

Face à une difficulté rencontrée par une personne autiste, il est naturel de vouloir intervenir rapidement. Pourtant, une intervention efficace ne commence généralement pas par une solution, mais par une observation rigoureuse de la situation.

Qu’il s’agisse d’une difficulté de communication, d’un comportement agressif, d’un refus de participer, d’une crise ou d’une difficulté d’apprentissage, il est essentiel de comprendre ce qui se passe avant de chercher à modifier le comportement.

Observer permet d’éviter les interprétations hâtives et les réponses inadaptées. Deux comportements qui semblent identiques peuvent en réalité avoir des causes totalement différentes et nécessiter des stratégies d’accompagnement opposées.

C’est pourquoi les recommandations de bonnes pratiques insistent sur une démarche d’observation structurée avant toute intervention.

 

Pourquoi observer est-il si important ?

Un comportement constitue rarement le problème en lui-même.

Il représente bien souvent une conséquence visible de difficultés moins apparentes :

  • une incompréhension
  • une douleur
  • une surcharge sensorielle
  • une difficulté de communication
  • une attente trop longue
  • une demande trop complexe
  • une anxiété importante
  • une fatigue

Sans observation, il devient impossible de distinguer ces différentes situations.

L’objectif n’est donc pas uniquement de savoir ce que fait la personne, mais surtout de comprendre pourquoi elle agit ainsi.

Schéma illustrant les causes possibles d'un comportement en autisme : surcharge sensorielle, incompréhension, difficulté de communication, douleur, attente prolongée et demande trop complexe.

Observer sans interpréter

L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à remplacer l’observation par une interprétation.

Par exemple :

❌ « Il fait une crise pour attirer l’attention. »

❌ « Elle refuse parce qu’elle est têtue. »

❌ « Il cherche à provoquer. »

Ces affirmations correspondent déjà à des hypothèses.

Une observation objective décrit uniquement les faits observables.

Par exemple :

✔ L’enfant pousse la table.

✔ Il crie pendant environ deux minutes.

✔ Il quitte la pièce.

✔ Il se bouche les oreilles.

Cette distinction paraît simple mais elle constitue l’une des bases de toute évaluation clinique.

Les trois questions essentielles

Avant toute intervention, trois questions devraient toujours être posées.

 

Que se passe-t-il exactement ?

Décrire précisément le comportement.

Exemple :

  • que fait la personne ?
  • combien de temps cela dure ?
  • quelle est son intensité ?
  • à quelle fréquence apparaît-il ?
Comprendre le comportement : représentation des quatre dimensions pour observer un comportement : action, durée, intensité et fréquence

Dans quelles circonstances ?

Observer le contexte.

Par exemple :

  • où cela se produit-il ?
  • avec qui ?
  • à quel moment ?
  • pendant quelle activité ?
  • après quel événement ?
Schéma présentant les principales questions permettant d'analyser le contexte d'apparition d'un comportement : activité, moment, personnes présentes, lieu et événements précédents

Que se passe-t-il ensuite ?

Observer les conséquences.

Par exemple :

  • la demande est-elle retirée ?
  • l’adulte intervient-il ?
  • la personne obtient-elle un objet ?
  • le bruit cesse-t-il ?
  • la personne quitte-t-elle la situation ?

Ces informations sont souvent déterminantes pour comprendre la fonction du comportement.

Schéma illustrant les principales conséquences pouvant suivre un comportement : demande retirée, intervention d'un adulte, objet obtenu, bruit cessé ou personne qui quitte la situation

L'observation ABC

L’un des outils les plus utilisés est la grille ABC.

Elle repose sur trois éléments simples.

A : Antécédents

Que se passe-t-il juste avant ?

Exemples :

  • changement d’activité
  • consigne
  • bruit important
  • attente
  • frustration

B : Behaviour (comportement)

Que fait précisément la personne ?

Décrire uniquement les faits.

C : Conséquences

Que se passe-t-il juste après ?

Observer les réactions de l’environnement.

Cette méthode constitue une première étape vers l’analyse fonctionnelle.

Schéma présentant les trois piliers de l'observation ABC : antécédents, comportement et conséquences dans l'analyse fonctionnelle des comportements

Tous les comportements ont une fonction !

L’observation permet progressivement de dégager des hypothèses.

Par exemple, un comportement peut permettre de :

  • obtenir de l’attention
  • accéder à un objet
  • interrompre une activité difficile
  • éviter une situation désagréable
  • réduire une surcharge sensorielle
  • exprimer une douleur
  • communiquer un besoin
  • s’autoréguler

Il est important de rappeler qu’une même personne peut présenter plusieurs fonctions différentes selon les situations.

Schéma présentant les principales fonctions d'un comportement : communiquer un besoin, obtenir de l'attention, accéder à un objet, éviter une situation, interrompre une activité, réduire une surcharge sensorielle, exprimer une douleur ou s'autoréguler

Observer sur plusieurs jours

Une observation ponctuelle reste souvent insuffisante.

Il est préférable de recueillir plusieurs observations réparties sur différents moments.

Cela permet de rechercher :

  • des situations répétitives
  • des facteurs déclenchants
  • des constantes
  • des exceptions
  • les éléments qui favorisent la réussite

L’objectif n’est pas de confirmer une intuition mais de laisser les observations guider les hypothèses.

Schéma présentant les objectifs de la collecte d'observations : identifier les facteurs déclenchants, les situations répétitives, les constantes, les exceptions et les éléments favorisant la réussite

Définir des objectifs d'intervention

Observer ne constitue pas une finalité.

Les informations recueillies servent ensuite à définir des objectifs précis.

Les observations doivent permettre la mise en place d’un bon objectif ; c’est-à-dire basé sur la logique « SMART » :

Schéma présentant la méthode SMART pour définir des objectifs efficaces : spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes et temporellement définis

Par exemple :

(au lieu d’un objectif flou et peu précis) ❌ Réduire les crises.

(on rédige un objectif SMART) ✔ Passer de cinq comportements agressifs quotidiens à un maximum d’un par jour pendant quatre semaines.

Cette précision facilite grandement l’évaluation des progrès.

Mesurer les progrès

Une intervention ne peut être considérée comme efficace que si ses effets sont objectivement observables.

Plusieurs indicateurs peuvent être suivis :

  • la fréquence
  • la durée
  • l’intensité
  • le niveau d’autonomie
  • le nombre d’aides nécessaires
  • les réussites
  • les demandes spontanées
  • les comportements alternatifs

Ces données permettent d’ajuster progressivement les stratégies mises en place.

Schéma illustrant l'importance de mesurer l'efficacité d'une intervention à l'aide d'indicateurs observables plutôt que de simples impressions

Les erreurs les plus fréquentes

Certaines pratiques limitent fortement la qualité de l’observation.

Se contentent trop souvent de :

  • observer uniquement lors des difficultés
  • oublier de noter les réussites
  • interpréter au lieu de décrire
  • modifier plusieurs variables simultanément
  • conclure trop rapidement
  • ne pas partager les observations avec les autres intervenants

Une observation fiable demande du temps, de la rigueur et une collaboration entre les différents partenaires.

Observer, c'est déjà accompagner

L’observation ne consiste pas simplement à remplir une grille.

Elle traduit une posture professionnelle.

Observer, c’est accepter de suspendre son jugement, chercher à comprendre avant d’agir et reconnaître que chaque comportement a une histoire, un contexte et une fonction.

Cette démarche favorise des interventions plus respectueuses, plus individualisées et généralement plus efficaces.

Comme le rappellent les recommandations internationales, comprendre précède toujours l’action.

Pour aller plus loin

Ressources complémentaires

Pour approfondir votre compréhension du TSA, vous pouvez également consulter :

Téléchargez gratuitement notre guide :

Les 15 bonnes pratiques pour accompagner une personne avec TSA au quotidien

Vous y découvrirez des conseils concrets, des stratégies d’accompagnement et des repères utiles pour les familles et les professionnels.

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Sources scientifiques

Les informations présentées dans cet article s’appuient sur les recommandations et publications scientifiques de référence actuellement disponibles concernant le Trouble du Spectre de l’Autisme (TSA).

Références

Recommandations françaises (HAS)

Haute Autorité de Santé. (2012). Autisme et autres troubles envahissants du développement : interventions éducatives et thérapeutiques coordonnées chez l’enfant et l’adolescent.

Haute Autorité de Santé. (2018). Trouble du spectre de l’autisme : interventions et parcours de vie de l’adulte.

Haute Autorité de Santé. (2020). Trouble du spectre de l’autisme : signes d’alerte, repérage, diagnostic et évaluation chez l’enfant et l’adolescent.

Haute Autorité de Santé. (2021). Trouble du spectre de l’autisme : améliorer le parcours de santé des personnes.


Diagnostic et compréhension du TSA

American Psychiatric Association. (2022). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (5th ed., text rev.; DSM-5-TR).

Lord, C., Brugha, T. S., Charman, T., et al. (2020). Autism spectrum disorder. Nature Reviews Disease Primers, 6(5).

Volkmar, F. R. (Ed.). (2021). Encyclopedia of Autism Spectrum Disorders (2nd ed.). Springer.

Tardif, C., & Gepner, B. (2018). L’autisme. Armand Colin.

Mottron, L. (2021). L’intervention précoce pour enfants autistes : nouveaux principes pour soutenir une intelligence différente. Mardaga.


Observation clinique et analyse fonctionnelle

Beavers, G. A., Iwata, B. A., & Lerman, D. C. (2013). Thirty years of research on the functional analysis of problem behavior. Journal of Applied Behavior Analysis, 46(1), 1-21.

Hanley, G. P. (2012). Functional assessment of problem behavior: Dispelling myths, overcoming implementation obstacles, and developing new lore. Behavior Analysis in Practice, 5(1), 54-72.

Iwata, B. A., & Dozier, C. L. (2008). Clinical application of functional analysis methodology. Behavior Analysis in Practice, 1(1), 3-9.

O’Neill, R. E., Albin, R. W., Storey, K., Horner, R. H., & Sprague, J. R. (2015). Functional Assessment and Program Development for Problem Behavior (3rd ed.). Cengage Learning.


Analyse appliquée du comportement (ABA)

Cooper, J. O., Heron, T. E., & Heward, W. L. (2020). Applied Behavior Analysis (3rd ed.). Pearson.

Leaf, J. B., McEachin, J., Taubman, M., & Leaf, R. (2022). Sense and Nonsense in the Behavioral Treatment of Autism. DRL Books.

Leaf, R., & McEachin, J. (1999). A Work in Progress. DRL Books.

Miltenberger, R. G. (2024). Behavior Modification: Principles and Procedures (8th ed.). Cengage.


Mesure des comportements et prise de décision clinique

Johnston, J. M., Pennypacker, H. S., & Green, G. (2020). Strategies and Tactics of Behavioral Research (4th ed.). Routledge.

Kazdin, A. E. (2021). Research Design in Clinical Psychology (6th ed.). Cambridge University Press.

Bailey, J. S., & Burch, M. R. (2018). Ethics for Behavior Analysts (3rd ed.). Routledge.


Ouvrages complémentaires

Gepner, B. (2022). Autismes : ralentir le monde extérieur, calmer le monde intérieur. Dunod.

Schopler, E., Mesibov, G. B., & Hearsey, K. (1995). Structured Teaching in the TEACCH System.

Rogers, S. J., & Dawson, G. (2010). Early Start Denver Model for Young Children with Autism.